Tanjung Puting hors des sentiers battus !

Bornéo, un nom mythique et mystérieux qui évoque un territoire inexploré et sauvage, est la 4ème plus grande île au monde. Sa partie indonésienne s’appelle Kalimantan et nous n’en verrons qu’une minuscule région au cœur du parc national de Tanjung Puting. IMG_20190718_150840Au port fluvial de Kumai, nous embarquons sur notre klotok, embarcation traditionnelle à 2 étages sur laquelle nous passerons les 4 prochains jours. IMG_20190717_090935Le pont supérieur est équipé d’une table, 4 chaises et un grand matelas. Notre guide s’appelle Andi et les premiers échanges en anglais sont difficiles. Nous retenons que sa philosophie est de fuir au maximum la foule des touristes et de découvrir l’univers de la forêt en marchant… et aussi que nous avons « plenty of time ». À vrai dire, ça nous convient parfaitement.

C’est donc piano piano que nous mettons le cap sur le parc national et la Sekonyer river.

Les eaux de la rivière sont bien boueuses et chargées de limon. Pour le moment, la forêt est plutôt clairsemée et nous n’en voyons que des palmes qui poussent pieds dans l’eau et que les orangs-outans arrachent pour se régaler de leur sève. IMG_20190721_075918La question des palmiers à huile est vite posée, et nous apprenons que les plantations sont toutes proches… à juste quelques kilomètres sur la rive nord qui n’a pas été inclue dans le périmètre du parc. Celui-ci a semble-t-il été âprement discuté entre les autorités, les associations, les habitants et probablement les lobby internationaux.

Les premiers singes que nous apercevons sont des nasiques, ou proboscis monkeys, des singes endémiques de Bornéo. Ils sont de couleur jaune beige avec les membres gris et une très longue queue. Les mâles arborent un gros nez patatoïde pas très élégant… enfin, pour nous car eux ont apparemment un large pouvoir de séduction ! Ils vivent avec plusieurs femelles et leurs petits et forment des troupes assez bruyantes qui se jettent d’arbre en arbre ou même traversent la rivière (à crocodiles) à la nage.DE8CB8B2-5016-4C85-B4CB-A8CCD6C20000L’accès au parc national est très réglementé et ne peut se faire qu’à travers 3 stations surveillées par les Rangers et dans certains créneaux horaires… mais Andi se fait fort de nous proposer un « programme » ou plutôt « une absence de programme » hors des sentiers battus.

En milieu d’après-midi, nous arrivons à la station 1. Après une petite marche sur  un sentier, nous rejoignons l’itinéraire classique et la plateforme de nourrissage où les Rangers disposent des bananes pour attirer les orangs-outangs. Le public est nombreux, assis sur des bancs en bois, au spectacle de la forêt, et fait le bonheur des moustiques ! Mais les orangs-outans sont là et nous observons avec bonheur leur manège.902D6FA0-4E08-46D0-811C-A2DCDD45A86D9F58C26C-31B8-4653-B472-9675C5223A2530EFC3D1-0355-4D05-AB30-26EEC8083069Nous faisons ensuite halte dans un petit village sur la rive nord. Un bon moment à flâner et à saluer les habitants. Nous en profitons pour acheter quelques petites provisions… mais pas de Bintang car l’alcool est illégal à Kalimantan !8A4B7ADF-7D46-4467-A9B1-792633781E0ANous allons passer la nuit amarrés au ponton du village. Il fait nuit noire mais quelques habitants vont et viennent pour se laver dans la rivière ou pêcher à la fraîche (enfin pas tant que ça !).

Le lendemain, nous mettons le cap sur la station 2. Le nourrissage est à 9h. Nous arrivons volontairement un peu tard, alors que les visiteurs commencent à repartir. Nous attendons que le public soit suffisamment clairsemé pour nous faufiler discrètement dans un sentier et faire un tour en forêt. Froissement de feuilles dans la canopée, un mâle s’approche et finalement descend vers nous. C’est une rencontre assez impressionnante. Même si les orangs-outans de Tanjung Puting sont sauvages, certains sont habitués à voir des humains… en l’occurrence, c’est plutôt nous qui sommes intimidés !089F3371-7FD2-4305-87E9-15A6142125BEIMG_20190718_112044Nous repassons par la plateforme de nourrissage… les touristes sont partis et nous observons les orangs-outans retardataires qui vont et viennent avec des provisions de bananes dans leur bouche. Un petit cabotin fait des acrobaties en attendant que sa mère lui rapporte des fruits qu’il épluche d’un geste rapide avant de jeter la peau sur un congénère assis en contrebas !693DA37A-9703-4E52-9DB6-91FDCB993D20Nous les quittons presqu’à contrecœur pour reprendre notre navigation vers l’amont.

À force de prendre notre temps pour laisser passer le flux de visiteurs, nous arrivons peu de temps avant la nuit à la station 3, le fameux Camp Leakey fondé par la célèbre primatologue Biruté Galdikas… et c’est trop tard ! Nous sommes un peu contrariés et Andi nous explique que ce lieu vaut plus pour son histoire que pour ce qu’il y a à y voir. Soit… mais quand même !54831BE2-6C54-4607-AFF8-140B703A1C36Entre temps le soleil s’est couché et il nous propose une petite marche pour humer l’ambiance de la forêt la nuit. Pierre et Clément passent leur tour et nous partons donc à trois… enfin sur le sentier nous ne sommes pas les seuls.

Nous ne verrons rien de particulier, mais c’est une balade agréable et la forêt n’est pas du tout effrayante. 

Au matin du 3ème jour nous redescendons le cours de la rivière vers la station 2 où nous avons prévu une petite randonnée de 3 ou 4 heures en forêt. Pas de difficulté, le terrain est plat, la forêt dense mais pas trop, les moustiques peu virulents… il faut juste s’accommoder de la chaleur moite et de la transpiration !2BD47EE5-DC19-42B3-A760-BBF7804676BBNous suivons un beau sentier bien marqué jusqu’au moment où Andi choisi de couper à travers les fougères pour faire une boucle. Pierre trace le chemin à la machette. Nous retrouvons un coin de forêt puis traversons une nouvelle zone de fougères… tout d’un coup, nous voyons notre guide hésiter puis changer de direction. Le doute n’est plus permis, nous tournons en rond ! Pierre et Clément ont fait quelques marques sur les arbres pour confirmer l’horrible réalité : nous sommes perdus !!!47102CAC-9B23-4E22-AAE4-9A75D271296ENous voyons Andi lutter contre le stress, tenter de retrouver ses esprits puis décider de faire demi tour… mais encore faut-il retrouver nos traces ! Nous tournons à nouveau en rond pendant un bon moment. Andi s’assoie par terre et déconnecte complètement. Situation incroyable ! Malgré tout nous gardons notre calme. Clément a quelques bouffées d’angoisse. Pierre s’agace car il propose depuis un moment des solutions, mais nous avons quelques états d’âme à mettre le guide sur la touche… et finalement, c’est lui qui nous suggère de prendre les choses en main !

Aussitôt dit aussitôt fait, nous recherchons de manière systématique l’entrée du chemin que nous avons tracé dans les fougères il y a maintenant près de 2 heures. Nous n’y parvenons pas et Pierre nous convainc de tracer un nouveau chemin dans la direction que lui dicte son sens de l’orientation. Banco ! Grâce à Pierre nous retrouvons le chemin que nous avons quitté. OUF ! Ça nous fera un souvenir ! Le guide nous suit, à la ramasse.

Avant de retourner au bateau nous remettre de nos émotions, nous passons par la plateforme de nourrissage pour saluer les orangs-outans… nous sommes en tête à tête avec les grands singes car cela fait plus de 3 h que tous les touristes sont repartis !3BD64F2E-4F15-4F81-A2A0-A07F6769237B12B16ED5-C87F-45BE-B5A6-3B8407DD5E0B1D6DCD3B-7E62-486F-BFDA-06895FEE11BBL’après-midi est calme ! Nous poursuivons vers l’aval pour retourner voir les orangs-outans à la station 1.

Dernier jour dans le parc national : ce matin, nous partons pour un early morning walk. Pierre et Clément jouent les marmottes. La forêt s’anime. Malgré l’heure matinale, nous sommes rapidement en nage et les moustiques sont plein d’énergie. À part une famille de gibbons qui nous gratifient d’un concert, aucun animal sauvage ne montre le bout de son nez.F67FD5BD-63D6-4832-B256-66BFC75961E6Après le déjeuner, nous partons pour une station de reboisement. Le sentier de planches sur pilotis est agréable. IMG_20190720_103513Pierre et Clément choisissent chacun un petit arbrisseau d’une espèce qui porte des fruits appréciés par les orangs-outans (une sorte de goyave et le célèbre et malodorant durian) et les mettent en terre avec l’aide du Ranger. Les petits arbres sont signalés par une petite pancarte : il faudra repasser dans quelques dizaines d’années !BB7786A5-52D1-4DA2-BBE1-B162C1EC310A7022D3D8-3EF1-4AC2-971A-2233340E91384675D3ED-78AB-4016-A73E-A805F4EABADB3F3360E9-C665-453C-9677-7FA541E75178Nous retournons ensuite à la station 1 pour faire nos adieux aux orangs-outans. Le temps vire à l’orage et nous rentrons au bateau trempés jusqu’aux os par une grosse averse tropicale ! Les orangs-outans n’aiment pas l’eau non plus !

Il est temps de rentrer au port.IMG_20190721_115723Nous avons prévu de passer une nuit à Pangkalan bun avant de reprendre l’avion. La découverte de la ville est perturbée par les averses, dommage car la promenade sur pilotis au bord du fleuve avait l’air pittoresque. IMG_20190721_120647Et puis c’est dimanche et nous avons le plus grand mal à trouver un petit restaurant ouvert ! Du coup, repos et wifi !

Voir le film de nos aventures en Indonésie https://youtu.be/_8i69NsHdqE