La traversée est terminée…

30 jours, 500 km, 20000 m de dénivelé positif, 3 sommets à plus de 4000 m… la traversée de l’Atlas s’est achevée au sommet du Toubkal.
L’aventure était « juste là »… il suffisait de se lancer ! Ces 30 jours en montagne ont été magnifiques de diversité, de sérénité, de complicité, de plaisir, de rires, d’air pur… Aussi beaux que je les avais rêvés. 

 

A Imilchil, le sentier était devant nous. Un peu d’appréhension au moment de s’élancer et quelques nuages ont rendu le démarrage difficile. Le soleil est vite revenu et nos corps ont peu à peu pris le rythme.

Je me souviens des splendides mais très longues, gorges d’Aït Melloul où nous avons essuyé un orage. Je me souviens des jeunes filles d’Aït Ali Ouadaoud, captivées par la blondeur et la peau blanche de Samantha. Je me souviens de la poigne de Moha, un habitant du village de Batli qui nous a accompagnés durant 2 jours avec sa mule. Je me souviens des incroyables greniers collectifs construits au milieu des falaises… et des familles de bergers qui habitent durant l’été dans des bergeries troglodytes. Je me souviens de la douche chaude, bricolée entre deux bâches, que nous ont offerte les ouvriers du chantier d’électrification du Koucer.

Je me souviens de la fraîcheur de l’eau de l’oued Ahansal où nous avons pris un bon bain. Je me souviens de la partie de football organisée sur la route par les jeunes d’Asemsouk. Je me souviens que ce jour-là en marchant, nous avons parlé de gravir ensemble le Kilimandjaro ! Je me souviens du bonheur de retrouver le confort au Touda Lodge… et du bonheur de dormir sous la tente, le lendemain lorsque la lumière dorée du soir a illuminé le grenier collectif de Sidi Chita. Je me souviens du goût du porridge de riz agrémenté d’huile d’olive fraîche que nous avons dégusté à l’heure du petit déjeuner dans la maison familiale de notre cuisinier, Majid, en haut du village d’Arous.

Depuis le plateau de Tarkeddit, nous nous sommes élancés à l’assaut du M’Goun, incroyable sommet sauvage auquel on accède par une longue crête au panorama spectaculaire ! Le M’Goun a mis notre endurance à l’épreuve.

Je me souviens du troupeau d’ânes broutant l’herbe rase à l’entrée des gorges de la Tessaout. Je me souviens de la vue spectaculaire depuis le col et de la descente raide et venteuse vers le village de Tassgawalt. Je me souviens des villages en pisés ocre jaune accrochés aux pentes de la vallée de Tessaout. Je me souviens du goût inimitable des petites pêches beldi. Je me souviens de la fraîcheur des sources du village d’Aït Ali n’Itto.

Nous sommes partis à 4 et arrivées à 2. A la fin de la première quinzaine, Cyrille a rejoint ses tomates et le M’Goun et les sentiers caillouteux ont eu raison des genoux de Françoise.

Je me souviens du magnifique village rouge de Megdaz. Je me souviens des paysages lunaires dans la vallée de Taoudja. Je me souviens de la voie lactée au milieu d’un ciel extraordinairement pur. Je me souviens du bain rafraîchissant dans le lac Tamda. Je me souviens de la recette des batbots cuisinés par Majid. Je me souviens de nos rires lors des cours d’anglais-tachelhyt. Je me souviens que nous avons décidé de ne pas gravir l’Anghomar. Je me souviens de la conduite sportive du chauffeur du transport local vers Telouet (et des cris des chèvres sur le toit !). Je me souviens du goût du coca cola frais dégusté sur une terrasse « en ville ». Je me souviens de la beauté à l’abandon de la Kasbah du Glaoui.

Je me souviens de la descente très raide vers la route du Tichka. Je me souviens de la pizza dégustée au restaurant Assanfou. Je me souviens du green naturel sur lequel nous avons bivouaqué au plateau d’Afra. Je me souviens de l’ombre bienfaisante des noyers. Je me souviens des gravures rupestres sur le plateau du Yagour. Je me souviens de deux vieux messieurs qui discutent tout en réparant le soc d’une charrue en bois. Je me souviens d’une toute jeune mule galopant vers sa maman jument. Je me souviens des lumières de la vallée de l’Ourika.

Je me souviens du pont suspendu bricolé de planches et de branches pour traverser l’Ourika. Je me souviens de l’agitation de la civilisation retrouvée à Setti Fatma. Je me souviens de l’odeur et du goût des grillades de kefta. Je me souviens d’une nuit sans sommeil bercée par le bruit du babyfoot jusque tard dans la nuit. Je me souviens d’un bain de pied rafraichissant dans un vallon idyllique à l’ombre des noyers. Je me souviens de la magnifique vallée d’Amenzal. Je me souviens de cette femme aux yeux clairs ramenant ses 2 vaches vers le village dans la lumière dorée de l’après-midi. Je me souviens des piscines naturelles dans les ressauts de la rivière.

Je me souviens du vent qui souffle en rafale sur la toile de ma tente. Je me souviens de la plainte nocturne et inquiétante d’un bouc. Je me souviens du déjeuner bien mérité à proximité des Azibs likemt. Je me souviens du froid piquant au bivouac sous le col d’Aouray. Je me souviens de la vue incroyable sur le Toubkal et le Siroua.

Je me souviens du village d’Amsouzart et de ses petits commerces. Je me souviens du thé avec vue sur les eaux turquoise du lac d’Ifni. Je me souviens de la mule qui a failli se noyer dans le lac. Je me souviens du bonheur et de la fraîcheur du bain. Je me souviens de l’improbable bivouac au milieu de la montée au col n’Ouanoums. Je me souviens de la peur et du vertige dans l’ascension au Ouanoukrim. Je me souviens du panorama à 360° en arrivant au sommet.

Je me souviens d’une légère appréhension face à la grandeur du Toubkal. Je me souviens du bonheur de grimper. Je me souviens du soleil qui a baigné notre pique-nique au sommet. Je me souviens de la joie enfantine de Mohamed et Hassan qui grimpaient le Toubkal pour la première fois. Je me souviens de l’accent de ce voyageur australien qui peinait dans la montée. Je me souviens de la sensation de légèreté en redescendant. Je me souviens de la nostalgie d’arriver à la fin du périple.

Je me souviens des mules lourdement chargées de matériaux de construction qui montaient vers le refuge. Je me souviens de ce vendeur de souvenir à Sidi Chamarouch. Je me souviens de la joie de retrouver Jean-Noël en arrivant à Imlil. Je me souviens du confort du lit et de la chaleur de la douche.
Je me souviens de ces 30 jours dont je n’ai pas regretté une seule seconde et je n’ai qu’une envie : repartir !